Sans droit d’asile, il n’y a plus d’Europe. Lettre ouverte.

Publié le par Solidarité-Grèce



Lettre ouverte d'intellectuels européens 



Le Temps, dimanche 15 mars 2020 
 
OPINION. Une protection temporaire doit être accordée aux personnes en détresse à la frontière de la Grèce avec la Turquie ou aux personnes qui sont parquées dans des conditions innommables
dans des camps de la mer Egée, écrivent dans une lettre ouverte aux autorités européennes une soixantaine d’intellectuels européens


 Sans droit d’asile, il n’y a plus d’Europe
 
LETTRE OUVERTE
 
Nous, citoyennes et citoyens de l’Union européenne, soutenons les appels déjà lancés par  plusieurs associations de la société civile pour que soit accordée une protection temporaire aux personnes en détresse à la frontière de la Grèce avec la Turquie, qui est aussi notre frontière extérieure commune, ou aux personnes qui sont parquées dans des conditions innommables dans des camps de la mer Egée.
Nul besoin d’attendre ici une illusoire unanimité pour cette protection temporaire, acte de décence élémentaire. Un seul Etat membre de l’UE suffit pour enclencher cette procédure prévue par le droit européen. Si aucun d’entre eux ne le fait, c’est à la présidente de la Commission, qui est gardienne des Traités, d’assumer les obligations de son mandat – et, s’il le faut, c’est au Parlement européen de mettre la Commission face à ses responsabilités.
Il ne s’agit plus ici pour nous de débattre sur la forme politique que devrait prendre l’Union européenne ni même de prendre parti dans de complexes questions géopolitiques. Il s’agit de savoir si nous, citoyens d’Europe, pouvons échapper à la honte et au déshonneur.
 

 

Faillite collective
 
L’Union européenne, après s’être déchargée de ses responsabilités sur la Turquie, salue le rôle de «bouclier» (selon l’expression d’Ursula von der Leyen) d’un de ses Etats membres, la Grèce, contre le flux de migrants, ce qui rend impossible la tâche d’accueillir ceux qui fuient l’horreur d’une guerre menée contre eux par un Etat criminel.

L’île de Lesbos était déjà le symbole d’un scandale moral et politique: «push backs» et «hot spots» sont les noms qui servent de masques à l’inhumanité, à ce que Jean Ziegler décrit comme la mise en oeuvre d’une «stratégie de la terreur» destinée à dissuader les réfugiés de demander le respect de leurs droits humains fondamentaux.
 

Ce scandale prend désormais la tournure d’une faillite collective. Ce qui est liquidé dans les faits, c’est le droit d’asile lui-même.
C’est l’article 14 de la Déclaration universelle des droits de l’homme: «devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays».

Convention de Genève

 « A quoi bon des institutions européennes, s’il est permis aux Etats membres de refuser les obligations que leur impose le droit européen »

 Que vaut l’Europe, si elle se fait l’ennemie de ce droit premier et fondamental? A quoi bon des institutions européennes, s’il est permis aux États membres de refuser les obligations que leur impose le droit européen, la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, la Convention européenne des droits de l’homme et la Convention de Genève de 1951?
Que veut dire «Union», si, parmi les pays qui la composent, certains peuvent suspendre l’examen des demandes d’asile – examen obligatoire selon la Convention de Genève – et s’exempter de la solidarité dans l’accueil et la répartition des victimes de la persécution?
La construction européenne, née des leçons tirées des catastrophes identitaires du XXe siècle, n’a pour légitimité que le respect du droit qui la fonde.
S’imaginer qu’on la préservera de la montée du national-populisme en piétinant les  droits fondamentaux est le pire des calculs. Nous rappelons à leurs responsabilités et à leurs engagements les Etats membres, la Commission européenne, le Parlement européen.

 Liste des signataires

 Acerbo, Maurizio, homme politique, Italie
Agier Michel, anthropologue, France
Athanasiou Athena, philosophe, Grèce
Azmanova Albena, politiste, Bulgarie, Belgique
Badie Bertrand, politiste, France
Balibar Etienne, philosophe, France
Baltas Aristides, philosophe, Grèce
Berns Thomas, philosophe, Belgique
Cacciari Massimo, philosophe, Italie
Cacciari Paolo, journaliste, Italie
Calame Claude, anthropologue, France
Cassin Barbara, philologue, philosophe, France
Castellina Luciana, journaliste, Italie
Charim Isolde, philosophe, Kreisky Forum, Autriche
Chemillier-Gendreau Monique, juriste, France
Christopoulos Dimitris, politiste, Grèce
De France Olivier, politiste, France
De Schu!er Olivier, juriste, Belgique
De Sousa Santos Boaventura, sociologue, Portugal
Demirovic Alex, sociologue, Allemagne
Diefenbach Katja, philosophe, Allemagne
Douzinas Costas, juriste, Grèce
Engel Vincent, écrivain, Belgique
Ferry Jean-Marc, philosophe, France
Galieni Stefano, President ADIF (Associazione Diri!i e Frontiere)
Habermas Jürgen, philosophe, Allemagne
Gebauer Gunter, philosophe, Allemagne
Gysi Gregor, député national, Berlin, Allemagne
Hark Sabine, sociologue, Berlin
Heran François, sociologue, démographe, Collège de France
Hess Sabine, sociologue, Allemagne
Honneth Axel, philosophe, Allemagne
Jaeggi Rahel, sociologue, Berlin, Allemagne
Kozlowski Michal, philosophe, Pologne
Lacroix, Justine, politiste, Belgique
Louis, Camille, philosophe, France
Marramao Giacomo, philosophe, Italie
Menke Christoph, philosophe, Allemagne
Mezzadra Sandro, philosophe, Italie
Montanari Tomaso, historien de l’art, Italie
Morin, Edgar, philosophe, France
Nicolaïdis Kalypso, politiste, France, Grèce
Noiriel Gérard, historien, France
Nour Soraya, philosophe, juriste, Portugal
Ovadia Moni, Homme de théâtre, Italie
Piketty Thomas, économiste, France
Pollesch René, régisseur de théatre, Berlin, Allemagne
Pranchère Jean-Yves, philosophe, Belgique
Ramoneda Josep, philosophe, Espagne
Rea Andrea, sociologue, Belgique
Rorive Isabelle, juriste, Belgique
Rosanvallon Pierre, historien, France
Saviano Roberto, écrivain, Italie
Schiavone Gianfranco, vice-président de A.S.G.I.
(Associazione per gli Studi Giuridici sull’Immigrazione),Italie
Spinelli Barbara, journaliste, Italie
Tripier Maryse, sociologue, France
Tubiana Michel, Avocat, France
Tulkens Françoise, juriste, Belgique
Van Parijs Philippe, philosophe, Belgique
Varoufakis Yanis, économiste, Grèce
Vauchez Antoine, politiste, France
Vergiat Marie-Christine, LDH, France
Villacañas Jose-Luis, philosophe, Espagne
Wiervorka Michel, sociologue, France
Wihtol de Wenden, Catherine, politiste, France
Wolf Frieder O!o, philosophe, Allemagne
Wolf Harald, politologue, député régional, Allemagne
Zagrebelsky Gustavo, constitutionnaliste, Italie
Zimmer Gabi, journaliste, Allemagne

 

(envoyé au TEMPS par Yvon Heller)________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________

 

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