Réfugiés d'hier et d'aujourd'hui : Le drame des réfugiés grecs de 1922

Publié le par Marc

En guise d'introduction:

 

Pourquoi publier cette traduction qui évoque la situation  des réfugiés d'il y a un siècle ?

 

Le récit par les réfugiés de leur relation directe aux locaux fait voir à quel point pour le moins le rejet, sinon le racisme, est présent. L'auteur qui a choisi ces textes le ressent et éprouve la nécessité de poser un cadre pour éclairer le contexte et en rajoute une couche en disant qu'aujourd'hui "les enfants des victimes peuvent devenir des bourreaux".

 

Pourquoi alors publier ?

 

 Pour l'importance de ces récits et l'importance de l’événement.

 

Il y a peu de différence entre ces témoignages centenaires et ce qu'on pourrait entendre aujourd'hui à Moria, Calais ou Porte de la Chapelle. Pour ceux qui débarquent, la situation est catastrophique.

Les témoignages présentés ci-dessous concernent l'arrivée d'un quart de population supplémentaire en Grèce en 1922, sans compter ceux qui sont partis ailleurs (dans un village au moins en Alsace) les conséquences en sont toujours actuelles.

 

 

Sans entrer dans de grands débats je me contenterai d'une description simple de la situation, je la reprends aux gilets jaunes : « les riches se partagent le gâteau, nous laissent quelque miettes, et ils accusent les émigrés de vouloir nous les prendre » pour cela ils utilisent aussi le racisme. Ils ont gagné quand les pauvres se battent entre eux pour des miettes au lieu de s'attaquer au problème.

 En Grèce quand 1.200.000 réfugiés débarquent dans un pays pauvre de 4.500.000 habitants, la lutte pour la survie a du être dure et pourtant cela a marché.

***

 

Dans la situation d'aujourd'hui, les choses ont changé, les Iles du nord de L'Egée reçoivent une quantité d'arrivants encore plus importante en proportion que celle d'il y a cent ans, leur nombre dépasse celui de la population locale. La différence est que ces migrants ne veulent pas rester et qu'ils sont placés pour la plupart en camps de rétention.

 

Les contacts avec la population sont volontairement supprimés, l'aide  officielle réservée aux ONG payées pour cela. Avant que cela ne soit, l'ensemble des médias louait et admirait l'accueil de la population. Il est remarquable après tant d'années que la propagande raciste ait pris si peu, quand ont voit les difficultés dans lesquelles se trouvent les gens.

 

 L’Europe signe un accord avec la Turquie, la paie pour bloquer les réfugiés, et les bloque  elle même encore une fois en Grèce quand ils ont « échappé » à la Turquie et à la noyade. Pendant ce temps, la Grèce, aux ordres de l'Europe, durcit encore ses lois sur l'immigration et la santé.

 

L'issue n'est pas de se battre pour partager des miettes qui diminuent toujours, l'aide aux immigrés si elle veut être efficace,,n'a rien à voir avec la  seule philanthropie : elle doit s'affonter aux responsables de la situation  qui mettent les réfugiés dans le même état qu'il y a cent ans - et cette fois ci sans perspectives autres que ces camps de rétention et les 'hot spot'.

La balle est dans le camp des décideurs européens. Il y a urgence.

 

Voici l'article écrit par Iorgos Theologitis :

 

 

Le drame des réfugiés de 1922

"Que cherchez-vous ici, graines de Turcs ?"

 

            Les poussées de xénophobie et de racisme contre les réfugiés de Syrie se multiplient en 2019.

            A Oraiokastro, Filippiada, Alexandreia, des associations de parents menacent d'occuper l'école si des petits réfugiés y sont accueillis.

 

            Ce n'est pas seulement une question d'humanité et de solidarité. La plupart des villages où se sont manifestées ces poussées sont des villages de réfugiés du Pont (Mer Noire) ou d'Asie Mineure.

 

            Les parents d'aujourd'hui qui excluent de l'école les enfants de réfugiés sont les petits-enfants ou arrière-petits-enfants de personnes qui sont venues dans ces lieux, déracinées de leur patrie, chassées de leur maison.

 

            Ce serait une raison de plus pour que ces parents compatissent et aillent à la rencontre des réfugiés d'aujourd'hui. Car il ne faut pas oublier que, quand leurs grands-parents déracinés ont été déplacés vers la Grèce, ils ont fait face à des comportements semblables d'exclusion et de rejet de la part des locaux.

 

L'antidote : la connaissance de l’histoire

 

            Comme nous croyons que le meilleur antidote au poison de la xénophobie, du racisme et du fascisme est la connaissance de l'histoire, nous allons essayer de présenter l'environnement et le climat qu'ont connus les dizaines de milliers de réfugiés d'Asie Mineure et du Pont qui arrivèrent en Grèce après leur tragique expérience du déracinement. Pour cet essai, nous n'utiliserons que leurs propres témoignages tirés des archives du Centre d'études d'Asie Mineure et du HCR de l'ONU.

 

            Avant cela il nous faut  signaler l'attitude officielle de l'Etat grec, entièrement responsable du drame de ces personnes.

            Souvenons-nous que le premier lieu d' « accueil »des réfugiés d'Asie Mineure était Makronissos ! Là était établi le poste de santé (le lieu de quarantaine) où étaient examinées, pour détecter d’éventuelles maladies infectieuses, toutes les personnes qui arrivaient en bateau des rivages d'Asie Mineure.

 

« Troupeau de réfugiés »

 

            Il vaut aussi la peine de rappeler comment ces réfugiés étaient traités dans leur propre patrie par le monde politique et la presse de l'époque. Un exemple caractéristique en est l'éditeur du journal « Kathimerini », Giorgos Vlachos.

            Le 14 août 1922, un jour après le début de l'attaque de Kemal Ataturk, qui signifiait le début de la fin de l'hellénisme d'Asie Mineure, celui-ci écrivit l'article célèbre, titré « Chacun chez soi », par lequel il appelait le gouvernement grec et l'armée à abandonner à leur sort les Grecs d'Asie Mineure et du Pont.

            En 1928, encore, quand Vlachos parlait ou écrivait sur les réfugiés, il utilisait les   mots « troupeau de réfugiés ». 

            Nikos Kraniotakis, rédacteur en chef du journal « ProinosTypos », demandait lui aussi instamment, en 1933, que soit imposé aux réfugiés le port d'un brassard jaune pour qu'on puisse les distinguer et que les Grecs les évitent !

 

            Les réfugiés arrivaient dans un pays petit et pauvre. Au début, les conditions de vie étaient tragiques. Athènes, Thessalonique et les autres villes étaient entourées de camps de tentes interminables avec un réseau d'alimentation en eau et d'assainissement misérable. Les distributions de pain étaient très limitées. De plus, les maladies, le typhus et la variole, fauchaient les malheureux réfugiés. Pour éviter le risque d'épidémies,  des organisations philanthropiques américaines avaient créé un lieu de quarantaine à Makronissos, où étaient contrôlés les réfugiés qui venaient par bateau. D'autres organisations distribuaient des médicaments et fournissaient des soins médicaux aux réfugiés.

 Épaves humaines

 

            Les Grecs qui vivaient à l'intérieur de l'Asie Mineure furent les premières victimes de l'échange. Ils furent contraints d’effectuer une marche martyre de huit cents kilomètres dans des conditions épouvantables. Ces épaves humaines devaient progresser dans un environnement hostile avec le risque mortel de rencontrer des bandes de nationalistes turcs. Beaucoup périrent de ces épreuves et de la famine. Le total des arrivées en Grèce à l'automne 1922 fut d'environ 900.000 réfugiés, dont 50.000 Arméniens. Environ 200.000 Grecs restèrent en Cappadoce et plus largement au centre et au sud de l'Asie Mineure. Ils furent transférés en Grèce en 1924 et 1925 par les soins de la Commission mixte dans le cadre de l'échange des populations. Une partie des Grecs du Pont a fui en Russie soviétique.

 

Fauchés par le paludisme et la tuberculose

 

            Lors du recensement de 1928, on a enregistré 1.220.000 réfugiés. Le chiffre aurait dû être beaucoup plus important s’il n’y avait pas eu la forte mortalité des premières années, due aux conditions de vie misérables et aux épidémies, à la diminution du nombre des naissances et à l'émigration de beaucoup de réfugiés vers d'autres pays.   Les maladies touchèrent les réfugiés qui étaient épuisés, mal logés et affamés. Le typhus, la grippe, la tuberculose (surtout en ville), le paludisme (surtout à la campagne) les fauchèrent. Selon les données de la Société des Nations, un nombre important de réfugiés moururent au cours de la première année de leur arrivée en Grèce.

 

            Les quelques témoignages que nous vous présentons sont tirés des archives du Centre d'Etudes d'Asie Mineure et du Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés ; ils sont caractéristiques des heures tragiques vécues par les réfugiés.

 

 

« Et qui n'a pas pleuré de morts ? »

 

 Apostolos Mykoniatis (du village côtier d'Acanos, près de Pergame, en face de Lesbos)

 

« ...Pour nous, les autres, il fallut attendre trois jours pour monter dans des bateaux et embarquer pour Mytilène. Alors l'armée turque pose le pied dans le village, ils rattrapent les bateaux et nous prennent. Parvenus à Mytilène, nous ne sommes pas bien reçus. Ce n'est pas un endroit riche, ils attendent après la récolte. Nous avons été maltraités, nous avons mal dormi, nous avons mal mangé, nous avons subi un grand malheur. Et qui n'a pas pleuré de morts ? Et qui n'a pas mal subi et ne pleure pas encore ? Seuls les enfants nés ici l'entendent comme de fausses histoires (pensent que ces histoires sont inventées)... »

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Abraham Elvanidis (arrivé en Grèce depuis le Pont)

 

« Avec l'échange, cent quatorze familles sont sorties du village de Karacoren du Pont. Depuis Mersin, nous sommes partis en deux groupes. Le premier groupe est allé à Thessalonique et de là à Ano Vrontos, près de Serres. Le second groupe, de Saint Georges du Pirée ( ?), est allé en bateau à Volos. On disait qu'à Pharsale il n'y avait pas de réfugiés venus s'installer dans la région. Ainsi nous sommes allés à Pharsale. C'était en 1924, fin octobre (...). Nous étions malades, le climat ne nous allait pas. Le lieu où nous avons bâti nos habitations appartenait à Nomikina. Je ne sais pas qui c'était. Nous nous sommes occupés d'agriculture, de céréales et de culture du coton.

            Quand nous sommes arrivés, nous ne savions pas parler grec. Les locaux se moquaient de nous et nous traitaient de graines de Turcs. Ils  disaient que nous étions venus prendre  leur terre. Ils étaient malveillants.

            Nous étions assis au café, un groupe de dix hommes. Tous les dix, nous déposions sur la table notre paquet de cigarettes entamé. Les locaux s'étonnaient : « Eh bien ! Dix paquets de cigarettes ! Est-ce qu'ils les vendent ?... »

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Katina Emfietci-Mitsakou ( arrivée en Grèce à l'âge de trois ans. Son témoignage s'appuie sur ce que lui a décrit sa mère, Anastasia. Son père, Iordanis Emfietci, a été exécuté par l'armée turque. Etant de nationalité turque, il a été appelé pour servir dans l'armée. Il a déserté, ils l'ont pris et exécuté. C’est un peu avant de mourir qu'elle décrit tout ce qu'a subi sa famille.)

 

 

« ...Quand le front s'est écroulé, en septembre 22, nous avons fui de Prousa (Bursa). Un soldat que nous connaissions nous avertit de rassembler nos affaires et de descendre au rivage pour nous en aller. Les bateaux sont venus, les français, les anglais. Le rivage se remplit de monde. Une femme qui était enceinte tomba sur le quai et ils passèrent sur elle ! Ils sortirent l'enfant, mais elle mourut. Ma mère me serrait dans ses bras et était assise tout au bord du quai, là, sur la mer, et disait que, s'ils venaient nous tuer, elle se jetterait avec son enfant dans la mer.

            Quant à mon petit frère Zacharie, introuvable ! Où pouvait aller la mère dans tout cet enfer pour chercher son enfant ! Vint le moment où elle le retrouva. :

« Alors, où étais-tu ? » - « J'ai été nager ! » Il a été dans la mer, nager ! Où as-tu la tête !

Le lendemain un bateau grec s'est approché. Nous sommes montés à bord et avons trouvé une place pour nous asseoir. Une famille se préparait à manger. Ils dirent à tante Eleni : « Tu as une gourde d'eau, donne-nous de l’eau, que nous buvions, et nous irons vous la remplir ». Mais trouver de l'eau dans le bateau? La tante l'a donnée et nous sommes restés sans eau. Ma mère souffrait de déshydratation. Mon cousin Sotiris et mon frère Zacharie sont allés avec des tasses vers les machines pour récupérer l'eau qui suintait et la boire.

 

« Qui ferait confiance à un réfugié ? »

 

            Nous sommes descendus du bateau à Raidesto et allés en train à Adrianoupolis (Edirne). Les gens s'étaient levés pour recevoir les réfugiés mais il y avait eu des histoires avec les Turcs et nous avons été forcés de remonter dans les trains.Il n'y avait pas assez de place pour tous et certains voyageaient sur les toits. Et c'est ainsi que nous sommes venus en Grèce...

            Nous sommes arrivés à Thessalonique dans les anciens camps où logeaient

les soldats anglais de la guerre européenne. Ils avaient abandonné des munitions. Tous les jours il y avait des explosions. Les enfants, qui touchaient à tout ce qu'ils trouvaient, mouraient. Les engins explosaient et nous avons eu beaucoup de morts.

            Parfois, ma mère avec Zacharie et mes cousins allaient à Thessalonique pour chercher une maison à louer.  Mais, comme je l'ai dit à ma mère plus tard, dans la situation où vous étiez, sales, dépenaillés, qui vous louerait une maison ? Qui ferait confiance à un réfugié ?

 

L'installation en Grèce : les premières années et le racisme.

 

            Alors nous sommes allés à Serres - on nous avait dit qu'il y avait des maisons vides là-bas ; au début dans une maison de maître, celle d'« Ali Pacha », comme ils l'appelaient. Dans le salon résidait une famille, dans les chambres une autre... Par la suite nous avons construit une maison, mais sans fenêtres ni encadrements car il n'y avait pas de bois. La moitié de la chambre n'avait pas de plancher. Ils apportaient du bois, mais comment cela aurait-il suffi pour tout ce monde qui voulait bâtir !

 

 

« Les locaux ne voulaient pas de nous ! »

 

            Arrivés à Serres, les gens ne voulaient pas de nous. Quand mon cousin allait chercher du sucre pour le thé, ils ne lui en donnaient pas. Ils ne donnaient pas de charbon aux réfugiés.

            Voilà comment était le racisme !

            Moi, jusqu'à la fin de ma scolarité en Grèce, je n'eus pas de livre en dehors d'un manuel et d'un livre de physique ! L'histoire était comme une bande dessinée, je n'avais pas de grammaire, les mathématiques étaient orales et nous prenions des notes. Je prenais pour lire les livres des garçons, qu'ils avaient apportés du pays, parce que là-bas il y avait tous les livres, ils avaient aussi des trompettes et jouaient de la musique ! Il n'y a que les trompettes qu'ils n'ont pas pu emporter ! Nous avions tout, au pays !

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« L'endroit nous a détruits - la moitié sont morts »

 

Evangelos Galas (du village de Koldere près de la Magnésie)

 

« ...Nous sommes retournés en Thessalie. Nous avons planté du tabac à Almyros, nous avons tous travaillé, jeunes, vieux, femmes et enfants. Mais il y avait le paludisme et il nous a fauchés, la moitié sont morts. L'endroit nous a détruits. Nous gagnions bien, mais que veux-tu ? Après nous avions peur de la maladie et sommes allés à Thèbes. Nous y sommes restés un peu et avons fait du tabac, puis nous avons eu une indemnisation et sommes venus ici. Nous avons eu un bon travail. Mon frère est entré aux chemins de fer ; moi, je suis devenu porteur à la gare. J'ai acheté une petite maison à Kaisariani en 26... »

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Adroniki Karasouli Mastoridou

 

« ...lls donnèrent aux Spartaliotes 24 heures pour fuir. Les uns à pied, les autres en voiture, prirent le chemin de l'exil. En chemin ils les dépouillèrent de ce que nous avions pu prendre avec nous. Les nôtres avaient eu la prévoyance de mettre des semelles à leurs vieilles chaussures et de glisser à l'intérieur autant de florins qu'ils pouvaient. Même si les pointes de cordonnier les perçaient, au moins ceux-là restaient.

            Avec mille tourments, ils arrivèrent à Mersin. Là, un navire grec les chargea ; malheureusement le capitaine et l'équipage étaient contre les réfugiés. Ils les maltraitèrent comme vous ne pouvez pas imaginer. Ils ne leur donnèrent pas d'eau et les obligèrent à boire de l'eau de mer. Ils restèrent  quatorze jours sur le vapeur ; quand le vapeur faisait escale sur une île, les gens de l'île leur vendaient le pichet d'eau pour une livre d'argent. Et, alors qu'ils remontaient le pichet accroché à une corde, l'équipage coupa la corde et ils restèrent avec leur soife. Parti le pichet, partie la livre.

            Une cousine de Kiriakou Despina Kotzoglou souffrit d'infection intestinale à cause de l'eau de mer qu'ils buvaient, c'était une fille de vingt ans et après quelques jours auprès de ma belle-mère, elle mourut aussi. Comme je ne sais combien d'autres.

 

« Combien de bêtes sauvages d'apparence humaine vivent parmi nous ? »

 

« En vérité, combien de bêtes sauvages d'apparence humaine vivent parmi nous ? Pourquoi maltraitaient-ils leurs victimes ? Que voulaient-ils? Ne voyaient-ils pas leurs guenilles ? Chassés de leur pays, de leur maison, privés de leurs biens, peut-être même à cause d'eux? Que voulaient-ils pour venir dans ces villages irriter ces bêtes sauvages ?

Puisqu'ils n'étaient pas dignes de conserver ce qu'ils avaient conquis, ils nous ont abandonnés à leur colère ? Un million et demi de chrétiens ont été perdus à cause d'eux. Et maintenant le reste, les épaves humaines auxquelles il les ont réduits , ils ont le sadisme de les maltraiter. Voyons qui sont les coupables... »

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Kallistheni Kallidou (du village de Ferteki en Cappadoce près de Nigdi)

 

« Nous sommes restés quinze jours sur le vapeur. Puis nous sommes arrivés au Pirée.  Du Pirée je ne connais que les fers. Ils nous ont gardés vingt jours aux fers. Mon Dieu, ils nous ont beaucoup humiliés, ils nous ont beaucoup maltraités. Ils nous ont fait aligner. Aux petits et aux vieilles, ils coupaient les cheveux à ras. Je pleurais, je criais : « Cherchez, regardez, je n'ai pas de poux ! lls m’ont tondue de force. Ils m'ont transformée en citrouille.

Pendant longtemps après, j'avais honte d'aller au marché faire des courses.

Ils nous ont dévêtus. Ce que l'on portait, allez, ils l'ont jeté au feu. Nous n'avions plus de chaussures à nous mettre. Ils nous ont donné à manger. La quarantaine c’était une grande humiliation, un grand abcès, cela a duré vingt jours.

De Saint-Georges du Pirée, ils nous ont mis dans un bateau et emmenés à Thessalonique. Ils nous ont sortis et nous ont abandonnés. Ils nous ont jetés dans les rues de Thessalonique. Ainsi étalés dans les rues, les gens passaient et nous voyaient. Mon Dieu, quelle humiliation !

Un homme est passé, un homme bien. Il nous a jeté une pièce. J'ai pris la pièce, j'ai crié, je pleurais: « Nous avons de l'argent ! Nous avons à manger! Nous avons abandonné nos maisons, nous avons abandonné tant de vignes! Nous ne sommes pas des mendiants ! Voilà votre pièce ». Calme-toi, dit ma mère. Ma mère était malade. Elle était assise recroquevillée en paquet.

Les gens passaient. Ils nous regardaient de loin. Ils ne venaient pas vers nous : Des réfugiés ! Des réfugiés !, disaient-ils, et ils passaient... »

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« Des gens mouraient tous les jours ! »

« Les cadavres, ils les attachaient avec des fers et les jetaient à la mer. »

                      

Despina Someonidou du village de Kenatala en Cappadoce près de Gelveri

 

«...Nous restâmes une semaine à Mersin dans les fers... puis le bateau vint nous prendre. Pendant le voyage il y eut une tempête et les femmes s'évanouissaient de peur. On entendait des cris et des pleurs. J'avais avec moi mon mari, ma mère et mes trois enfants de un à six ans, Haralambos, Dimitri et Marika. Heureusement, je ne ressentis rien, je laissai mes enfants dans un coin du vapeur avec ma mère et apportai  de l'eau aux femmes évanouies.

Quelques hommes n'ont pas supporté les traitements subis et sont morts sur le bateau, ils les attachèrent avec des fers et les jetèrent à la mer. Finalement nous arrivâmes au Pirée. Certains descendirent là, nous avons continué le voyage vers Kavala. Ils nous ont emmenés à Cinar Dere, près de l'actuel Nouveau Karvali. Nous sommes restés là deux ans sous des sacs. Les gens tombaient malades et mouraient tous les jours. Mon mari est mort, mon fils Haralambos est mort. La nuit, les chacals venaient et creusaient dans les tombes pour manger les morts... »

 

GIORGOS THEOLOGITIS

Texte original :

https://www.imerodromos.gr/prosfyges-1922/?fbclid=IwAR3fYV8eeyyy-m9X3M0EmSOJVdyPzkSsYBrbqo6aiNuZAYHiPQk5E0E34Ug 

 

traduction solidarité Grèce 67

 

 

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Shana 02/01/2020 17:27

J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte et blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers (lien sur pseudo). Au plaisir.